201227R581.jpg

une adresse où pour un temps loger

une adresse où pour un temps loger

  I

un mur aveugle,

une porte arrière,

à l’étage, ouvertes, trois fenêtres.

maison bondée. vidée, derrière et après.

en saillie sur le trottoir, une marche.

une porte entrebâillée sur un couloir,

discret entre les pièces bruyantes.

maison bondée. vidée, derrière et après.

à l’étage les trois fenêtres aux rideaux gonflées

par un souffle buté venu lentement et de loin

rappeler l’odeur fiévreuse des jeunes champs de blé.

maison, vidée, bondée; derrière et après.

II

tantôt,

m’ouvrant au cœur des grands champs à l’infini,

à la sensation nouvelle de son jeune blé,

à sa brise chaude.

oui celle-là, celle-là qui, toujours en alerte et aux aguets,

dès le premier matin jusqu’à la tombée du jour,

disperse dans l’air sans condition, sans répit, sans remord,

son chant ondulant et son souffle dansant. puis s’envole.

vois-tu,

contre tant de maisons aux murs en écho,

porté de chaque côté il revient à moi maintenant:

effluves qui, depuis les grands champs,

se sont transformés en ceux de tous les passants;

rythmes diffus s’agrippant aux appuis des fenêtres.

maintenant,

maintenant à chaque aube, tout mon logis est habité.

III

à chaque endroit, ça et là comme à chaque fois

où un homme pose son pied, sa main,

et pour autant qu’un jour il voudra s’enfuir,

à chaque endroit et à chaque fois comme ça

y laisse une empreinte. puis une patine.

ruelles des pensées, boulevards des intentions.

l’adresse à laquelle un jour il aura logé.

à cet endroit, dans ce même coin tout autant de fois,

en longeant par devant, comme tout un chacun,

soir ou matin passant son chemin sans même lever les yeux,

à peine les pieds; de son épaule cet homme

frôle les murs, et aux appuis des fenêtres

échange déjà contre mémoire de sueurs odeurs de souvenirs.

l’adresse à laquelle un jour bientôt il ira loger.

à chaque fois ça et là, à quelqu’endroit

où un homme en vient à plier bagage, tourner le dos,

avec un cœur lourd à vouloir courir pour s’enfuir;

comme cette fois et toutes ces fois avant lui,

passe au suivant une adresse, usée pourtant, toujours inachevée,

sur des ruelles encore inexplorées, depuis les boulevards congestionnés,

une adresse où pour un temps loger.